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Une habitude de travail devient un risque quand elle expose une personne à un danger de façon fréquente, prolongée ou intense, sans que personne la remette en question. Ce n'est pas toujours l'accident spectaculaire qui révèle un problème en santé et sécurité du travail (SST). Souvent, le risque s'installe discrètement dans une façon de faire répétée depuis des mois, voire des années.
Avec l'expérience, on devient rapide, autonome et efficace. Les gestes s'enchaînent sans qu'on y pense. C'est précisément ce qui rend l'habitude utile, et ce qui peut aussi la rendre dangereuse.
Quand elle remplace la vigilance, l'habitude crée un faux sentiment de maîtrise : « Je le fais depuis dix ans, je sais ce que je fais. »
Or, l'absence d'accident n'est pas une preuve de sécurité. Ça peut simplement vouloir dire que le risque n'a pas encore eu son moment.
Trois questions aident à évaluer une façon de faire :
La CNESST retient ces trois modulateurs dans son programme de santé au travail sur les risques biomécaniques pour estimer le risque de troubles musculosquelettiques (TMS). Le même réflexe est utile bien au-delà de la posture.
L'enjeu est concret : en 2021, les TMS représentaient près du tiers des lésions professionnelles déclarées et acceptées par la CNESST, et plus de 2,4 millions de jours d'absence indemnisés.
On saute une étape de vérification, on contourne une procédure, on n'utilise pas l'équipement disponible parce que « ça va plus vite ». Le cadenassage non fait, le harnais non attaché pour « juste une minute » lors d'un travail en hauteur, la protection de machine retirée pour faciliter le travail.
Soulever, tourner, pousser, tirer, visser. Les mouvements répétitifs et les efforts excessifs sollicitent les mêmes structures du corps jour après jour et contribuent aux TMS.
Position statique, travail penché ou bras en élévation. C'est un facteur parmi d'autres, pas le seul.
Lunettes relevées sur le front, bouchons portés à moitié, gants retirés pour plus de dextérité. Le geste semble anodin, jusqu'au jour où il ne l'est plus.
Cadence élevée, pression de production, pauses sautées pour rattraper le retard. La fatigue réduit l'attention et augmente les erreurs.
Douleur, engourdissement, fatigue persistante, baisse de concentration. On les tolère parce qu'ils semblent faire partie du travail.
Distraction au volant, circulation de chariots élévateurs et de piétons dans les mêmes zones, marche rapide dans un corridor encombré. On le fait chaque jour, donc on ne le voit plus.
Quand plus personne ne remet la méthode en question, personne ne remarque non plus que l'environnement, l'équipement ou l'équipe ont changé.
Il serait tentant de conclure que les travailleurs « devraient faire plus attention ». Ce n'est ni juste ni efficace. Une habitude risquée est souvent le symptôme d'un problème d'organisation du travail :
Quand la méthode sécuritaire est plus lente, plus compliquée ou moins accessible que la méthode risquée, les gens choisissent la plus pratique. C'est humain, et c'est prévisible.
Cet ordre rejoint la hiérarchie des mesures de prévention : on cherche d'abord à éliminer le risque à la source. Les équipements de protection individuelle (EPI) restent une mesure de dernier recours, à combiner avec d'autres mesures.

Selon l'article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), l'employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité de son personnel. Concrètement, il doit identifier, corriger et contrôler les risques, informer les travailleurs, offrir la formation et la supervision nécessaires, et s'assurer que les méthodes et l'organisation du travail sont sécuritaires. Cette démarche s'inscrit dans le programme de prévention ou le plan d'action de l'entreprise, et soutient sa diligence raisonnable.
Les travailleurs ont aussi un rôle actif. Selon l'article 49, ils doivent prendre les mesures nécessaires pour se protéger, veiller à ne pas mettre les autres en danger et participer à l'identification et à l'élimination des risques. Au quotidien, ça passe aussi par suivre les formations, utiliser les équipements fournis et signaler les situations dangereuses.
C'est une façon de faire répétée qui expose une personne à un danger, souvent sans qu'elle s'en rende compte : un raccourci, un geste répétitif, un EPI mal porté ou une cadence trop élevée.
L'employeur doit prendre les moyens pour identifier et corriger les risques. Les travailleurs doivent participer à la démarche. La correction la plus durable passe souvent par l'organisation du travail, pas seulement par un rappel à la vigilance.
Pas nécessairement. L'absence d'accident ne prouve pas l'absence de risque, surtout pour les TMS, dont les symptômes sont progressifs.
Une habitude devient un risque quand elle cesse d'être questionnée. La prévention, ce n'est pas de la méfiance envers les travailleurs. C'est la capacité d'une équipe à regarder son travail avec un œil neuf, à nommer ce qui accroche et à corriger avant que quelqu'un se blesse.